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POUR CHANGER LE MONDE, MISEZ SUR UNE FEMME

Un fait, dont j’aurais dû me douter au­ paravant, m’a frappée de plein fouet lorsque j’ai pris part à l’action du Center for Strategic and International Studies visant à esquisser « une vision pour la prospérité globale ». Après avoir examiné de nom­ breuses études, notre groupe a présenté des recommandations sur la façon dont les Etats­ Unis pourraient améliorer les résultats de leurs efforts de développement et mieux contribuer à la prospérité et à la stabilité dans le monde. Nous sommes tous tombés d’ac­ cord sur l’une d’entre elles : miser davantage sur les entrepreneuses.

Je parle ici d’Alice Cyanzayire, qui gère une petite (mais prospère) exploitation agri­cole au Rwanda ; de Christina Guatemala, qui a créé un minuscule supermarché (une « pulpería ») au Nicaragua ; et d’Ana Serrano, une Philippine qui, enfant des rues, a survécu en mangeant les restes de la décharge publique et possède maintenant un magasin. Soutenir des entreprises comme les leurs représente une opportunité formidable car, comme le World Economic Forum (WEF) l’a observé, la corrélation entre l’égalité des sexes et la compétitivité d’un pays est forte. Le WEF mesure tous les ans l’écart entre les femmes et les hommes en matière de partici­ pation économique, de rémunération et de progrès dans différents pays. Même dans les économies très développées, le PNB pourrait croître de 16 % si cet écart était comblé.

Pourquoi n’avons­ nous pas fait plus pour réduire ce fossé ? Cela reste pour moi un mys­tère. Autre énigme : qui s’en indigne ? Sur les quelque 2,5 millions d’êtres humains vivant avec moins de 2 dollars par jour, 70 % sont des femmes. Comment peut­ on tolérer que le fardeau de la pauvreté, des traumatismes et de la soumission s’abatte surtout sur elles ? Les gens évitent souvent de regarder en face un problème si énorme qu’il n’est pas évident de le traiter. Il est tentant de s’en dé­ charger sur le secteur humanitaire. Mais si vous examiniez les statistiques ou rencon­triez les femmes cachées derrière ces chiffres, vous vous indigneriez, et vous saisiriez la première occasion qui se présente pour changer la donne.

Pour moi, il est clair qu’il est impératif d’agir. Les hommes et les femmes d’affaires que je connais ont l’envergure et les moyens de soutenir les entrepreneuses, et nombre de leurs firmes ont de bonnes raisons économiques de le faire. Par exemple, lorsque le groupe Coca-­Cola investit dans la formation de milliers d’entrepreneuses en Afrique, il bénéficie directement d’une base plus solide de distributeurs et de vendeurs. Lorsque j’étais P-DG de HP, nous prenions des engage­ ments d’entreprise suivant la même logique.

En même temps, en tant que citoyen, au­cun de nous ne devrait se dérober devant ce dont il est capable. En 2008, conseillère au­ près du département d’Etat, je me suis lancée dans un partenariat public-­privé avec USAID et j’ai contribué à fonder One Woman Initia­tive (OWI). Condoleezza Rice, alors secrétaire d’Etat, a travaillé avec nous pour soutenir des associations locales axées sur les besoins des femmes en matière de formations à l’encadrement, d’opportunités d’emploi et de justice. Les trois femmes mentionnées plus haut ont toutes bénéficié de l’aide d’une association avec laquelle OWI travaille : Opportunity International, qui œuvre dans le cadre des politiques publiques de vingt pays afin de fournir des prêts, des formations, des expertises techniques et des assurances.

Ces trois femmes fortes et brillantes nous rappellent que même lorsque les gouverne­ments, les entreprises et les philanthropes unissent leurs efforts, le progrès se ramène souvent à l’initiative d’une seule femme. Avec un petit prêt de départ – 136 dollars pour Alice, 330 dollars pour Christina et 94 dollars pour Ana – elle peut faire naître un business, puis rembourser son prêt et se sortir de la pauvreté avec sa famille et une partie de sa communauté. Le plus puissant levier encore inexploité dans le monde est une femme qui pourrait devenir une entrepreneuse. Alors indignez-­vous – et mettez­vous au travail en la soutenant et en devenant son partenaire.

Carly FIORINA
Harvard Business Review